Emma Gueydan : l'ascension d'une arbitre féminine en Championnat de France

Arbitre de la Ligue du Lyonnais, Emma est arrivée 13ème nationale au Concours Championnat de France. Elle nous raconte son ascension, et le ressenti d'une femme au sifflet dans l'interview passionnante de cette arbitre passionnée.



Quel est ton parcours ?

" C'est la septième année que j'arbitre. J'ai fais deux années d'arbitre départemental pendant lesquelles j'ai suivi la formation continue du Rhône pour accéder au niveau régional. Au bout de la deuxième année, je me suis retrouvée sur le niveau R3 avec beaucoup de matchs U20 féminin et RF3. Je n'étais pas vraiment aguerrie sur cette première année. Puis, j'ai fais une seconde année en R3, durant laquelle j'ai pu arbitrer plus de matchs masculins ce qui m'a ensuite permis de siffler de la R2.

L'année dernière, j'évoluais au niveau RM1, ce qui m'a permis de me présenter au Concours Championnat de France. J'ai fini 13ème au niveau national et seconde au niveau de ma Ligue. C'est un bon résultat, j'en suis contente ! 

Du coup, cette année, je suis arbitre Championnat de France CF2. J'arbitre donc du niveau NM3 au niveau NF1. J'ai arbitré une dizaine de matchs NM3, c'est une bonne année pour moi. "


On sait que le niveau basket entre championnats régionaux et championnat de France est différent. Y a t-il un grand pas entre les deux ? Quelles en sont les principales différences ?
 
« On commence à entrer dans un monde où l'on voit certains joueurs qui sont payés. Les techniciens connaissent vraiment le basket (en région aussi, mais en national c'est vraiment le cas). Les officiels de table de marque ne sont plus bénévoles de leur club, ils savent ce qu'ils font ce qui nous permet de ne pas gérer tout ce qui est administratif. 
Dans le jeu, on a des joueurs forcément plus grands, qui vont courir plus vite, avec un jeu intérieur plus physique. À moi, arbitre, de m'adapter, et aux joueurs de s'adapter à mon arbitrage. »
 
Le fait d'être une arbitre femme fait-il une différence à haut niveau ? Ton évolution aurait-elle été plus rapide si tu avais été un homme ?
 
« Pas forcément, parce que depuis quelques temps, l'arbitrage féminin est mis en avant. C'est sûr que pour moi, il y a des différences entre une femme arbitre et un homme arbitre. Quand tu commences l'arbitrage, que tu es jeune, par rapport à une personne plus vieille, même si elle commence aussi, ce n'est déjà pas vu de la même façon. En plus, quand tu es une fille, que tu as 16/18 ans, les joueurs vont plus facilement venir « râler » vers toi, plutôt que vers l'autre arbitre. À toi de te faire respecter en montrant que tu n'as rien à envier aux arbitres masculins. »
 

 
Quelles sont les distinctions entre arbitrer des filles ou arbitrer des garçons ? Le rapport avec les hommes est-il plus compliqué ?
 
« En tant que femme arbitre, on peut avoir certaines armes que des hommes n'ont pas. Quand un joueur va monter un peu en pression, ne serait-ce que d'aller parler calmement avec un petit sourire, quand c'est une femme, je pense que ça passe mieux. Après il y a toujours des joueurs un peu « machos » qui ne vont pas supporter que ce soit une femme qui les arbitre. Il faut savoir gérer le moment présent. »

 
Une paire mixte et une paire féminine d'arbitres. Quelle différence ?

« C'est rare, deux femmes ensemble sur un match, sachant que, forcément, on est moins de femmes arbitres (3 en CF2, dans le Lyonnais). J'ai été désignée une fois avec une femme sur un match NM3. On avait un peu d'appréhension, pas par rapport à notre arbitrage, ni notre collègue, mais plus par rapport à la réaction des joueurs, des coachs et du public. Finalement, ça c'est très bien passé ! »
 
Le pourcentage d'arbitres féminins est relativement faible. Penses-tu qu'il pourrait y avoir beaucoup plus d'arbitres féminins ?
 
« Pour qu'il y est plus d'arbitres féminins sur du haut niveau, il faut faire de la formation chez des jeunes, mettre en place des formations de qualité qui donnent envie de venir. Tout ça passe par la connaissance du basket. Quand on voit notre Équipe Nationale Féminine sur le devant de la scène, ça donne envie de faire du basket, et peut être, pour certaines, de découvrir l'arbitrage. C'est un tout. »
 

Emma Gueydan : l'ascension d'une arbitre féminine en Championnat de France
En tant qu'arbitre, y a t-il des matchs que l'on appréhende plus que d'autres (en fonction de l'enjeu, des coachs, des équipes ou des supporters) ?

« Les joueurs qui vont jouer des grands matchs, comme des demi-finales, des finales etc., ont un certain stress. Nous aussi, nous allons appréhender ces matchs d'une manière différente.
Quand on va arbitrer un match, pour moi, il faut toujours une préparation en amont. Il faut connaître le contexte, aller voir le classement de chaque équipe, savoir quel était le score du match aller. Quand c'est la fin de saison, il faut savoir si une équipe joue le maintient ou la montée. Certains matchs, il va y avoir beaucoup de monde dans le public, ça joue aussi sur l'appréhension. Moi, j'aime quand il y a du monde, parce qu'il y a de l'ambiance, et c'est aussi pour ça qu'on joue et qu'on arbitre. »
 
Y a t-il des moments où tu as eu envie de tout arrêter ?
 
« Jamais. C'est vrai que lorsqu'on est jeune arbitre, on est testé. Dans les tribunes, on va entendre des insultes pas très sympathiques. Je savais dans quoi je m'engageais dès le début et je savais que ça ne serait pas forcément simple. Je pars du principe que c'est ma passion et que je l'aime. Je ne vois pas l'intérêt de tout arrêter pour avoir envie de reprendre après. Donc non, je n'ai jamais eu envie d'arrêter, au contraire ! » 

Stage de détection CF1 : Chamalières 2016
Stage de détection CF1 : Chamalières 2016

Quel est ton prochain objectif ? Vises-tu un niveau particulier ?
 
« Dès que j'ai commencé l'arbitrage, mon objectif était d'aller le plus haut possible. Pour l'instant, je n'ai pas encore trouvé cette limite. L'année dernière j'ai passé le concours Championnat de France pour essayer, et je me retrouve arbitre CF2. Maintenant mon objectif à court terme, c'est d'être arbitre CF1. Je sais que ça demande du travail.
J'ai eu la chance de participé à un stage organisé à Chamalières qui permet d'accéder à d'autres stages de perfectionnement, mais je n'ai malheureusement pas été retenue... J'espère être reconvoquée l'an prochain... On verra bien ! »
 

Le métier d'arbitre entraîne de longs déplacements, une anecdote sur un déplacement ?

« C'est vrai que j'ai eu l'occasion de voyager un petit peu, en allant à Dijon, Clermont, au Creusot... cette saison. Quand on est arbitre, il faut aussi aimer la route. Je n'ai pas forcément d'anecdote, mais c'est vrai que quand on part un peu loin et qu'il peut se mettre à neiger dans la soirée, pendant que tu arbitres, tu te demandes si tu vas pouvoir rentrer chez toi ! » (rires)
 
Selon ton expérience, quelle est la règle de jeu qui est le plus souvent contestée ?
 
« Je pense que ce sont les petits contacts qu'on ne siffle pas forcément, savoir s'il y a faute ou non ! Et je pense que la règle la plus difficile à juger, c'est la règle du marcher ! » (rires)
Emma : responsable de la formation JACC (jeune arbitre club comité)
Emma : responsable de la formation JACC (jeune arbitre club comité)

Merci à Emma d'avoir répondu à nos questions, et bonne chance pour la suite ! 


Rédigé le Mardi 19 Avril 2016 à 15:41 | Lu 1986 fois | 0 commentaire(s)




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